L’État dépense 100 millions d’euros par an pour sa bureautique, dont l’essentiel va à Microsoft

Onze ministères passés au crible : licences Microsoft, dérogations à la doctrine cloud et pistes de migration vers le logiciel libre avant 2027.

Fabien Larcher Par Fabien Larcher
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L’État dépense 100 millions d’euros par an pour sa bureautique, dont l’essentiel va à Microsoft
Photo d’illustration. Des employés travaillant sur des postes informatiques de bureau.

En bref

  • La Cour des comptes a étudié les outils bureautiques de onze ministères, soit environ 861 000 postes informatiques.
  • Microsoft et Bleu captent 80 % des 61 millions d’euros de licences dépensés par l’État en 2025.
  • Une suite libre en cloud souverain est recommandée d’ici 2027, via un plan de trois à quatre ans.

Chaque année, l’État consacre quelque 100 millions d’euros à sa bureautique et à ses outils collaboratifs, et Microsoft en capte l’essentiel. Tel est le constat d’un rapport de la Cour des comptes, titré « Les outils bureautiques et collaboratifs au sein de l’État », qui recommande de migrer vers une suite libre avant 2027. Selon ZDNet France, cette enquête découle d’une initiative citoyenne postée sur la plateforme de participation de la juridiction.

Une facture en hausse de plus de 50 % en quatre ans

L’enquête couvre les administrations centrales et les services déconcentrés de onze ministères, soit environ 861 000 postes (860 000 selon ZDNet). Collectivités locales, hôpitaux, organismes de sécurité sociale et opérateurs de l’État sont exclus du champ.

100 M€dépensés en 2025, contre 67 M€ en 2021
87 €coût moyen par poste et par an

Cette somme reste minime face aux 5,5 milliards d’euros du budget numérique de l’État, mais elle progresse d’un peu plus de 50 % sur la période. Elle se répartit en 61 millions d’euros de licences (dont 80 % pour Microsoft et Bleu), 26 millions de prestations informatiques et 13 millions de masse salariale interne.

Les disparités entre ministères sont fortes : l’Intérieur dépense 20 € par poste, alors que la Culture, abonnée à Microsoft 365, atteint 378 €.

Ordinateur portable ouvert affichant du code sur son écran, posé sur une table en bois près d’un mug.
Photo d’illustration. Un ordinateur portable affichant des lignes de code sur un bureau en bois, accompagné d’un mug. Photo : Daniil Komov / Pexels

Microsoft 365, proscrit en principe, toléré en pratique

D’après la doctrine « Cloud au centre », l’usage de Microsoft 365 est normalement prohibé dans l’administration, car les données y relèvent du CLOUD Act américain et le service ne dispose pas de la qualification SecNumCloud. Malgré cela, le Premier ministre a accordé des dérogations provisoires aux ministères sociaux ainsi qu’à la Culture. Pour les ministères sociaux, elle reste valable jusqu’à la fin de 2026, en attendant une solution mieux adaptée.

La majorité de ces administrations prévoient de basculer vers Bleu, une offre de Capgemini et d’Orange reposant sur des briques technologiques de Microsoft, une fois la certification SecNumCloud décrochée. La Cour note que, cinq ans après l’annonce du projet, cette certification reste à obtenir.

Le libre fonctionne déjà, avec des économies chiffrées

La Gendarmerie nationale a renoncé aux licences propriétaires au profit de LibreOffice et de GendBuntu, installés sur 72 000 ordinateurs. À la DGFiP, LibreOffice et Thunderbird sont employés depuis la fin des années 2000. Pour le ministère de l’Intérieur, « les politiques tarifaires et les stratégies industrielles des éditeurs de solutions propriétaires constituent des obstacles à une utilisation pérenne par l’administration. »

La Cour a chiffré deux scénarios, détaillés par Silicon.fr.

Scénario Effet estimé par la Cour
Logiciels libres installés localement, généralisés 30 à 65 M€ économisés par an
Une suite libre dotée de la qualification SecNumCloud, à environ 100 € par poste et par an Un surcoût annuel de 130 M€ épargné par rapport à Microsoft 365 ou à Bleu, facturés environ 250 €

La Suite de la Dinum, encore incomplète

Conçue par la Dinum pour un coût cumulé de 39,6 millions d’euros, La Suite rassemble Tchap, qui compte 368 000 utilisateurs actifs fin 2025, ainsi que Visio, France Transfert, Messagerie et Fichiers. Elle n’est pas encore en mesure de se substituer à Microsoft 365 ou à Google Workspace : on n’y trouve ni application à installer en interne, ni tableur, ni outil de présentation comparables à Excel et PowerPoint.

  1. Développement de La Suite par la Dinum.
  2. Échéance de la dérogation des ministères sociaux.
  3. Échéance fixée par la Cour pour la migration.

La Cour adresse quatre recommandations au Premier ministre, dont deux sont les suivantes :

  • associer davantage les ministères à la feuille de route de La Suite et étendre le pilotage de la Dinum à tous les outils bureautiques de l’État ;
  • engager sur trois à quatre ans un plan pluriannuel afin de rejoindre une suite libre, hébergée dans un cloud souverain qualifié SecNumCloud ou exploité en interne par l’État.

Photo : Yan Krukau / Pexels

Fabien Larcher

Innovation numérique et usages

Fabien Larcher

Fabien Larcher a travaillé dans le financement de jeunes entreprises pour un réseau d'incubateurs de la région lyonnaise. Il suit les start-up, les levées de fonds et l'économie des médias, en regardant d'abord ce que produit l'entreprise avant ce qu'elle promet. Il répare lui-même son vélo de route, avec des résultats variables.