Les dark patterns ne sont pas toujours illégaux, d’où la difficulté à les combattre

Selon Clubic (9 octobre 2026), les dark patterns orientent les choix en ligne sans toujours enfreindre la loi. En France, la CNIL, la DGCCRF et la résiliation en trois clics encadrent certaines pratiques.

Fabien Larcher Par Fabien Larcher
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Les dark patterns ne sont pas toujours illégaux, d’où la difficulté à les combattre
Une navigation ordinaire sur ordinateur : les dark patterns, ces pièges d'interface, orientent les choix en ligne sans que la loi les interdise tous.

En bref

  • D’après l’analyse publiée par Clubic le 9 octobre 2026, beaucoup de ces procédés ne sont pas forcément illégaux, et cette frontière floue explique pourquoi ils sont difficiles à combattre.
  • Clubic cite l’entreprise MyMedic, dont le bouton pour refuser les notifications était rédigé comme un refus de rester en vie.
  • Les exemples de l’article suggèrent quelques repères concrets :

En France comme ailleurs, les « dark patterns » désignent ces ruses d’interface qui orientent un choix en ligne : une option payante mise en avant, un refus relégué en bas de page, une case déjà cochée. D’après l’analyse publiée par Clubic le 9 octobre 2026, beaucoup de ces procédés ne sont pas forcément illégaux, et cette frontière floue explique pourquoi ils sont difficiles à combattre. Le cadre français, partagé entre la CNIL, la DGCCRF et l’obligation de résilier en trois clics, encadre des pratiques précises, tandis que la limite avec les simples ruses d’ergonomie reste délicate à tracer.

Une ruse d’interface qui joue sur les automatismes

Clubic s’appuie sur la définition du site deceptive.design, créé par le designer Harry Brignull. Un dark pattern y est décrit comme une fonctionnalité qui empêche l’utilisateur de faire ce qu’il souhaite, ou qui le conduit vers une décision qu’il n’aurait pas prise en toute conscience. Le cas typique oppose un bouton payant très visible à l’alternative gratuite, cachée tout en bas de la page.

Le média renvoie aussi aux travaux du psychologue Daniel Kahneman, qui oppose deux modes de pensée : l’un instinctif et rapide, l’autre posé et lent. Dans la vie courante, c’est souvent le premier qui domine. Une alerte d’urgence ou un ton qui fait culpabiliser s’adresse justement à lui, pour provoquer un clic aussitôt plutôt qu’un examen attentif des choix proposés.

Clubic chiffre l’ampleur du phénomène : 97 % des applications et des sites les plus fréquentés employaient ces procédés en 2022. Quand on remplit un formulaire à toute vitesse, ajoute le média, une case cochée d’avance ou un refus posé au mauvais endroit peuvent coûter plus cher qu’un simple moment d’agacement.

Exemple : la réservation d’un vol low-cost

Clubic décrit la réservation d’un vol à bas prix comme un enchaînement de sollicitations. Siège, bagage en cabine, assurance : chaque étape met en avant une offre payante, et la suite du parcours se glisse plus discrètement. Le média y relève sept procédés conçus pour guider le clic, parmi lesquels :

  • un siège à 18 euros par personne ;
  • une case autorisant l’envoi de publicités, cochée d’avance ;
  • une nouvelle invitation à revenir sur sa décision, qui s’affiche dès que l’on refuse de choisir son siège.

Réserver sans payer d’extra reste possible, d’après Clubic, mais ce chemin est moins mis en évidence. Le média prévient que ces procédés ne sont pas tous forcément illégaux, ce qui les place à cheval entre l’interface irritante et la pratique trompeuse.

Un petit carton marqué Online Shopping posé sur le clavier d’un ordinateur portable, un panier d’achat flou à l’écran
Un achat en ligne. Achats involontaires, prix ou abonnements présentés de façon trompeuse : les dark patterns visent aussi les parcours d’achat, sans que la loi les interdise tous. Photo : Preis_King / Pixabay

D’autres services vont plus loin dans la formulation. Clubic cite l’entreprise MyMedic, dont le bouton pour refuser les notifications était rédigé comme un refus de rester en vie. Le média note que le procédé fait sourire, mais que son but est limpide : décourager le refus.

Entre interface agaçante et pratique trompeuse

La difficulté juridique tient au contexte. Selon Clubic, une teinte vive sur un bouton ou une seconde proposition d’option payante ne suffisent pas, pris isolément, à constituer une tromperie. C’est la situation dans laquelle ils apparaissent qui fait la différence.

Des sanctions étrangères qui n’ont pas tout réglé

Clubic rappelle que des autorités ont déjà frappé, mais surtout hors de France. Trois affaires sont citées :

  • Trivago, en Australie : 44,7 millions de dollars australiens, sanction liée à des hôtels présentés comme les moins chers alors qu’ils lui rapportaient davantage ;
  • Epic Games, aux États-Unis : des achats involontaires dans Fortnite, avec 245 millions de dollars à rembourser ;
  • Amazon, aux États-Unis : accord conclu avec la FTC pour 2,5 milliards de dollars, sans que l’entreprise reconnaisse officiellement une faute.

Dans le dossier Amazon, l’autorité américaine critiquait notamment, pour Prime, l’ancien chemin menant à la résiliation : quinze options, six clics et quatre pages. Clubic estime toutefois que les sanctions n’effacent pas toujours ces pratiques.

Ce que prévoit le cadre en France

En France, d’après Clubic, deux autorités se partagent le terrain. La CNIL se penche notamment sur le recueil du consentement aux cookies, avec une règle : dire non doit demander autant d’effort que dire oui. Ce principe rejoint les enjeux plus larges de protection des données personnelles. La DGCCRF traite, pour sa part, les pratiques qui touchent aux prix ou aux abonnements.

Depuis juin 2023, la résiliation en trois clics s’impose, précise Clubic ; un manquement expose à une amende pouvant atteindre 75 000 euros. Le média conclut que les règles progressent, mais que les interfaces évoluent elles aussi.

Prendre son temps face à un parcours pressé

Le conseil de Clubic tient en une phrase : se donner du temps au moment où un site presse de cliquer. Le média reconnaît la difficulté, puisque l’ensemble du trajet est conçu justement pour empêcher qu’on s’arrête un instant. Les exemples de l’article suggèrent quelques repères concrets :

  • chercher l’option gratuite quand une offre payante occupe l’écran ;
  • vérifier les cases cochées d’avance avant de valider un formulaire ;
  • se méfier d’un message d’urgence ou d’une formulation qui culpabilise, conçus pour obtenir un geste immédiat ;
  • observer si un compte à rebours repart de zéro au rechargement de la page.

Photo : voicemonk / Pixabay

Fabien Larcher

Innovation numérique et usages

Fabien Larcher

Fabien Larcher a travaillé dans le financement de jeunes entreprises pour un réseau d'incubateurs de la région lyonnaise. Il suit les start-up, les levées de fonds et l'économie des médias, en regardant d'abord ce que produit l'entreprise avant ce qu'elle promet. Il répare lui-même son vélo de route, avec des résultats variables.